Les insulae

Publié le par Sextus Ahenobarbus

insula (pluriel : insulae) est un immeuble locatif de rapport. Si le terme même n’apparaît pas dans les sources écrites avant le 1er siècle après J.C. on trouve néanmoins diverses allusions relatives aux insulae chez Denys d’Halicarnasse (relations d’évènements se déroulant vers 452 av. J.C.) et chez Tite-Live (concernant un fait divers ayant eu lieu vers 218 av. J.C.).

C’est la conjonction de plusieurs facteurs très différents qui semble à l’origine de l’adoption de ce type d’habitation qui ressemble fortement, toutes proportions gardées, à nos modernes H.L.M. (Habitation Latine Mélangée dixit Uderzo et Goscinny dans «Le domaine des dieux »). Tout d’abord la situation topographique de Rome ne plaide pas en la faveur de l’extension d’un habitat plus traditionnel. En effet, la ville est composée de 7 collines dont les parties basses sont marécageuses. En outre les crues du Tibre qui traverse l’Urbs n’arrangent rien. D’autre part, des secteurs entiers de la ville sont réservés. Ainsi le Capitole est essentiellement destiné à l’édification d’édifices religieux, le Palatin est le quartier des riches patriciens sous la République et devient tout naturellement le siège des palais impériaux à partir de la dynastie Julio-Claudienne. En outre, les grandes constructions impériales se développent (fora, thermes, temples, théâtres, Cirque Maxime, Colisée, naumachies,…) et de fait l’espace disponible pour la construction de logements se restreint. C’est donc naturellement que les romains adoptèrent ce type d’habitat.

Il existe plusieurs types d’insulae :

- L’insula traditionnelle comporte des tabernae (boutiques) au rez-de-chaussée, les logements commençant à partir du premier étage. Les tabernae possèdent une mezzanine à laquelle on accède par un escalier en bois. Celle-ci est éclairée par une unique fenêtre et tient lieu de domicile au commerçant. Les commerces sont totalement indépendants du reste de l’immeuble, les locataires accédants à leurs appartements (cenaculum, pluriel : cenacula) par des escaliers à part. La marche standard de ces escaliers a une hauteur de 21 cm et une fenêtre éclaire chaque palier. Il est assez frappant de constater que ce modèle est parvenu jusqu’à nous, les rues de nos grandes villes en témoignent.

- Il existe aussi mais en moindre quantité des insulae sans tabernae au rez-de-chaussée, généralement réservées à des romains plus aisés financièrement. Les fenêtres des logements du rez-de-chaussée sont placées à 2m de hauteur de façon à préserver la vie privée des occupants de la curiosité des passants. Elles sont larges car elles constituent la seule source de lumière. Le rez-de-chaussée est l’étage noble, donc le plus cher, mais aussi celui qui offre la meilleure garantie de survie en cas d’incendie. Plus on monte dans les étages plus les appartements sont nombreux et petits ce qui explique la largeur réduite de leurs fenêtres.

- L’incendie qui ravagea Rome en 64 ap. J.C. permis l’apparition de l’insula à portique. L’immeuble est entouré par une galerie à portique qui outre le fait qu’elle permet de limiter la propagation des flammes aux autres immeubles offre une protection aux piétons tant contre les intempéries que contre les projections diverses des locataires (vase de nuit,…). En outre, le portique offre une base solide pour la construction de balcons et de terrasses.
 

Quel que soit le type d’insula retenu, il existait pour chaque catégorie de bâtiment des réalisations luxueuses et d’autres beaucoup plus ordinaires en fonction du quartier de situation. Les surfaces des appartements variaient de 10m² à 200m². Les plus pauvres étaient logés sous les combles et se voyaient exposés aux rigueurs de l’hiver et à la chaleur étouffante de l’été. Leur loyer était payable à la journée. Au 1er siècle ap. J.C. il se montait à un as la nuit (soit le prix d’une ration de pain pour 2 personnes). Les pauvres pouvaient également être logés dans les sous-sols des tabernae (fornices) qui bien qu’humides et sombres offraient par rapport aux combles le grand avantage d’être proches de la sortie en cas d’incendie. Certains propriétaires n’hésitaient pas à louer également les espaces situés sous les escaliers. La location des appartements commençait le 1er juillet. Les propriétaires indiquaient au moyen de graffitis peints sur façade quels types de logements étaient libres, à partir de quelle époque et pour combien temps. 

Deux menaces planaient sur les insulae, l’incendie et l’effondrement. Le feu était le risque majeur ne serait-ce qu’en raison de la forte proportion de bois dans les constructions, la présence de braseros pour se chauffer et de lampes à huile pour l’éclairage. Une loi obligeait les habitants des insulae à stocker de l’eau chez eux, le préfet des gardes de nuit avait toute latitude quant au contrôle et pouvait infliger de sévères amendes en cas de manquement. La menace de l’incendie était réellement prise au sérieux à tel point que sous le principat d’Auguste, Rome comptait 7000 vigiles pour une population d’un million d’habitants (à titre de comparaison Paris (R.P.)compte environ 8000 pompiers pour 8 millions d’habitants). Les incendies étaient parfois allumés par les propriétaires qui ensuite reconstruisaient ce qui leur permettait d’exiger de plus forts loyers. L’effondrement plus rare faisait néanmoins partie des risques encourus par les habitants des insulae. Ils étaient généralement dus à un entretien négligé soit parfois à la rapacité d’un propriétaire qui avait décidé lors de la construction du rajout d’un étage sans avoir renforcé les fondations. Les eaux stagnantes consécutives aux crues du Tibre concourraient également à fragiliser les fondations.

Il semble en tout cas qu’il faille rompre avec un vieux cliché qui à la vie dure, celui des insulae insalubres, refuge des classes les plus défavorisées. De nombreux vestiges (souvent étonnamment conservés) ainsi que des témoignages attestent de l’existence, comme aujourd’hui d’ailleurs, de diverses classes d’insulae, des plus modestes aux plus luxueuses. Ces insulae ont traversé 20 siècles, en sera-t-il de même pour nos constructions ?

(illustration tirée de "Le domaine des dieux" d'Uderzo et Goscinny, les images en 3D de l'album photo sont extraites du site de l'Université de Caen, les travaux de Sophie Madeleine ont servi de base à cet article)

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Publié dans Urbs

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K
merci beaucoup !! ces informations sont exactement ceux dont j ai besoin pour mon exposé kajal 
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M
Merci beaucoup !
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