Legio

Samedi 8 janvier 2005 6 08 /01 /Jan /2005 00:00

 

La légion romaine en campagne élève un camp retranché à chaque halte, ne serait-ce que pour une seule nuit. Il semble que cette pratique soit apparue après la réforme de Camille, mais malheureusement à l’heure actuelle rien ne permet de la dater formellement. Chaque légionnaire transportait en plus de son barda deux piquets en bois de section carrée terminant en pointe à chaque extrémité d’une longueur approximative de 1,70m. Ils étaient destinés à être plantés (à une profondeur moyenne de 30cm) au sommet de la levée de terre et liés entre eux tant au niveau du sol qu’au sommet de manière à former une palissade (vallum), assurant au camp un périmètre retranché d’environ 1760 mètres (580m x 290m) soit une surface de 16,82 hectares.

 

La levée de terre (agger) était constituée avec la terre provenant du déblais du fossé (fossa) qui était creusé devant. Ce fossé était large de 4,50m sur 2,25m de profondeur. Quant à la levée sa base était large de 5,50m pour une hauteur de 1,25m, le sommet ayant une largeur de 2,75m.Un chemin de ronde placé derrière la palissade faisait le tour du camp. La surface extérieure de la levée de terre était recouverte des mottes d’herbes arrachées lors du creusement du fossé rendant ce plan incliné plutôt glissant pour tout ennemi éventuel et solidarisent la contrevallation évitant les risques d’éboulement.

 

L’emplacement du camp a été choisi par un détachement d’éclaireurs mené par un tribun. L’officier prenant toujours soin de choisir un endroit plat, aussi dégagé que possible et à proximité d’un point d’eau et de prairies permettant le fourrage des chevaux ainsi que des bêtes servant au train. Les hommes sous les ordres du tribun procèdent à l’arpentage du terrain. L’emplacement de la tente du légat, le prétoire (praetorium), l’autel, la tribune et la tente des enseignes sont fixés en premier. Ensuite on trace les deux grands axes principaux perpendiculaires (cardo et decumanus) pour finir par les axes secondaires qui définissent les endroits où seront implantées les tentes. On termine en fixant le périmètre et en indiquant les emplacements des 4 portes situées à chaque extrémité des voies principales. Le plan du camp est un standard commun à l’armée romaine, ainsi un messager venant de n’importe quelle unité sait immédiatement où il doit se rendre.

 

 

Ce type de camp provisoire malgré l’aspect imposant de la tâche était réalisé en deux heures. En effet lorsque la légion arrive sur le site tout est indiqué au moyen de piquets de couleurs. En consacrant 3000 hommes par équipes de deux (un piocheur, un pelleteur) le volume de terre à traiter par équipe n’était que d’à peu près 3 m3. Pendant ce temps là 1500 à 2000 hommes déboisaient et débroussaillaient le périmètre du camp sur au moins 50m et préparaient les défenses : branchages d’arrêt (cervi) autour du camp, le système de fermeture des entrées . Il ne reste plus qu’à monter les quelques 800 tentes qui abriteront l’ensemble de la troupe.

 

La centurie romaine composée de 80 légionnaire est divisée en 10 groupes, le contubernium (pluriel : contubernii) composés de huit hommes les contubernalis. Chaque contubernium est logé dans une tente, la papilio et dispose d’ustensiles de cuisine, d’une meule pour faire de la farine et de divers outils (pelle, dolabra, tranche-gazon, …). Théoriquement une mule est attribuée pour chaque contubernium. Chaque centurie dispose donc de 10 tentes plus une réservée au seul usage du centurion.

 

Attaquer un tel dispositif équivalait à un suicide. Du fait du débroussaillage, l’attaque par surprise était exclue. L’assaillant devait en outre se frayer un chemin à travers les cervi, descendre dans le fossé pour ensuite grimper le long de l’agger rendu glissant par l’adjonction des mottes de gazon, tenter de franchir la palissade haute de 1,40m pour ensuite se retrouver face aux boucliers des légionnaires. La nuit une sentinelle était posté tous les 10 à 15 mètres. En outre tous les 50 mètres des postes d’hommes dormant en armes, prêts à intervenir venaient renforcer le dispositif. Le plus important était que grâce à ce plan standard et à l’entraînement, en cas d’alerte chaque homme savait exactement où il devait aller se poster et ce qu’il devait faire. Il en allait de même pour les unités placées en réserve, sur un simple ordre elles savaient exactement quelle devait être leur tâche et où elle devaient se rendre.

 

La vie au camp est plutôt rude. On se lève à l’aube pour se rassembler devant la tente du centurion, ensuite les centurions vont saluer les tribuns qui à leur tour iront saluer le légat. Celui-ci transmet ses ordres pour la journée à ces mêmes tribuns qui vont les répéter aux centurions,… Le gradé de service, le tessarius, note le mot de passe du jour, ainsi que le tableau de service (gardes, corvées, punitions,…) sur une tessère. La vie du légionnaire est réglée par des sonneries qui annoncent le réveil, la soupe, les corvées,… Des gardes sont postés près des enseignes de la légion et de l’autel où trône la statue de l’empereur, devant la prison également. Des patrouilles sont envoyées à l’extérieur, des hommes sont chargés de porter les messages, d’autres encore sont affectés à la surveillance des chevaux et animaux de bât. On envoie des hommes de corvée de bois (ad lignum), d’eau pour le bain (ad aquam balnei),… Les légionnaires spécialisés dans des tâches techniques (travail du cuir, forge,…) sont exempts de corvées, ce sont les immunes. L’entraînement a lieu dans un enclos situé à l’extérieur du camp, le campus.

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Legio
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Samedi 1 janvier 2005 6 01 /01 /Jan /2005 00:00

Cet article est le premier d’une série consacrée à la formidable armée romaine. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet proprement dit, il me semble important de planter le décor et donc de donner un aperçu de l’armement du soldat romain : le légionnaire. Cet équipement n’a cessé d’évoluer à travers le temps et pour plus de cohérence, nous allons nous intéresser plus précisément à l’armement qui avait cours durant le premier siècle après J.C. En effet, la réforme de Marius qui introduit la fourniture de l’équipement par l’état permet la production en grande série et paradoxalement c’est à partir de cette période que la qualité de la protection individuelle du légionnaire s’améliore.

Le casque de type gaulois est adopté. A la calotte s’ajoutent par soudure un couvre-nuque et des garde-joues, la réelle nouveauté étant une « visière » destinée à protéger le soldat contre la « botte » préférée des guerriers gaulois, le coup de taille vers le bas destiné à fendre le crâne. Le forgeron le fabrique à partir de feuilles de fer doux légèrement carburées transformées par la suite en acier. Un anneau est rajouté pour le transport. Ainsi le légionnaire durant les marches peut le porter lié à la ceinture ou au barda.

 

Le bouclier romain (scutum) est rectangulaire, d’une hauteur d’environ 1,10 à 1,20m pour 65 à 70 cm de large. Il est constitué de deux couches de planches collées à « fils perpendiculaires » dont l’épaisseur varie de 20 à 13mm du centre vers l’extérieur. Un cerclage métallique l’entoure pour protéger le bouclier des coups de taille. L’umbo central est en bois recouvert d’une calotte en métal qui permet au légionnaire d’utiliser le scutum pour cogner son adversaire. Une feuille de cuir le recouvre, elle est peinte aux insignes de la légion.

 

Contrairement au cliché présenté dans les péplums la cuirasse romaine n’a pas toujours été le standard. Avant la réforme de Marius par exemple chaque légionnaire devait acheter son équipement à moins d’en posséder une par héritage. Se côtoyaient donc des soldats portant qui la côte de maille, qui des plaques de métal liées par courroies. A partir de Marius, la côte de maille (lorica hamata) ou d’écailles (lorica squamata) devient la protection du légionnaire. Le premier siècle voit l’apparition du nouveau standard cher aux péplums (qui n’hésitèrent jamais devant l’anachronisme, les légions de Caesar portaient la côte de maille), la cuirasse articulée (lorica segmentata). Elle offre l’avantage d’être légère, souple et plus résistante aux coups.

 

Les jambières (cnémides) parfois portées par des légionnaires de péplums sont un anachronisme supplémentaire. En effet le passage de l’armée de type phalange grecque à la formation en légion sonna le glas de cet équipement. La mobilité du légionnaire est essentielle lors du combat rapproché.

 

Le javelot (pilum) remplace la lance lorsque Rome adopte la légion. Néanmoins durant un siècle après la réforme de Camille les formations de troisième ligne (triarii) continueront à utiliser la lance. Celle-ci restera néanmoins à l’honneur dans la cavalerie. Le pilum contrairement à la lance est une arme de jet. Il est constitué d’une longue tige de fer (1/3 de la longueur totale de l’arme) fixée sur un manche en bois. Il en existe deux versions, le lourd qui mesure environ 2,10m et le léger d’environ1,80m. Il est lancé lorsque la ligne adverse est à une trentaine de mètres des lignes romaines, le pilum lourd quant à lui est tiré à une vingtaine de mètres. C’est une arme qui ne peut être réutilisée. La tige métallique en fer doux (néanmoins la carburation est différente à la pointe qui est très dure) est fixée à la hampe par un rivet en métal ainsi qu’une cheville en bois. La pointe est munie de deux ardillons qui en interdisent l’arrachement lorsqu’elle est fichée. Si l’arme a manqué sa cible, la cheville de bois cède et le pilum se plie ou la tige de fer doux se tord, interdisant de ce fait sa réutilisation par l’ennemi. S’il se fiche dans un bouclier les ardillons empêchent son arrachement. Plié ou tordu il cause une gêne importante au guerrier ennemi qui doit alors choisir entre jeter le bouclier ou le conserver étant alors handicapé par le manche traînant au sol.

 

Le glaive (gladius) est l’arme typique du légionnaire. La lame est large, à double tranchant, courte (environ 60 cm). Elle permet au soldat de frapper de taille, de revers et d’estoc. En fait l’entraînement porte surtout sur la frappe d’estoc portée de bas en haut en direction de l’abdomen, de la poitrine.

Le légionnaire porte aussi très souvent un poignard (pugio) à la ceinture. Il semble néanmoins que cette arme ait été plus une arme de prestige que de combat.

 

Le légionnaire est un fantassin lourd en conséquence de quoi l’utilisation d’armes comme la fronde ou l’arc était réservée aux troupes auxiliaires dont le but principal était le harcèlement de l’ennemi avant l’affrontement proprement dit. Ainsi il était de coutume de recruter les frondeurs à Rhodes ou aux baléares et les archers en Crète.

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Legio
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