Samedi 8 janvier 2005 6 08 /01 /Jan /2005 00:00

 

La légion romaine en campagne élève un camp retranché à chaque halte, ne serait-ce que pour une seule nuit. Il semble que cette pratique soit apparue après la réforme de Camille, mais malheureusement à l’heure actuelle rien ne permet de la dater formellement. Chaque légionnaire transportait en plus de son barda deux piquets en bois de section carrée terminant en pointe à chaque extrémité d’une longueur approximative de 1,70m. Ils étaient destinés à être plantés (à une profondeur moyenne de 30cm) au sommet de la levée de terre et liés entre eux tant au niveau du sol qu’au sommet de manière à former une palissade (vallum), assurant au camp un périmètre retranché d’environ 1760 mètres (580m x 290m) soit une surface de 16,82 hectares.

 

La levée de terre (agger) était constituée avec la terre provenant du déblais du fossé (fossa) qui était creusé devant. Ce fossé était large de 4,50m sur 2,25m de profondeur. Quant à la levée sa base était large de 5,50m pour une hauteur de 1,25m, le sommet ayant une largeur de 2,75m.Un chemin de ronde placé derrière la palissade faisait le tour du camp. La surface extérieure de la levée de terre était recouverte des mottes d’herbes arrachées lors du creusement du fossé rendant ce plan incliné plutôt glissant pour tout ennemi éventuel et solidarisent la contrevallation évitant les risques d’éboulement.

 

L’emplacement du camp a été choisi par un détachement d’éclaireurs mené par un tribun. L’officier prenant toujours soin de choisir un endroit plat, aussi dégagé que possible et à proximité d’un point d’eau et de prairies permettant le fourrage des chevaux ainsi que des bêtes servant au train. Les hommes sous les ordres du tribun procèdent à l’arpentage du terrain. L’emplacement de la tente du légat, le prétoire (praetorium), l’autel, la tribune et la tente des enseignes sont fixés en premier. Ensuite on trace les deux grands axes principaux perpendiculaires (cardo et decumanus) pour finir par les axes secondaires qui définissent les endroits où seront implantées les tentes. On termine en fixant le périmètre et en indiquant les emplacements des 4 portes situées à chaque extrémité des voies principales. Le plan du camp est un standard commun à l’armée romaine, ainsi un messager venant de n’importe quelle unité sait immédiatement où il doit se rendre.

 

 

Ce type de camp provisoire malgré l’aspect imposant de la tâche était réalisé en deux heures. En effet lorsque la légion arrive sur le site tout est indiqué au moyen de piquets de couleurs. En consacrant 3000 hommes par équipes de deux (un piocheur, un pelleteur) le volume de terre à traiter par équipe n’était que d’à peu près 3 m3. Pendant ce temps là 1500 à 2000 hommes déboisaient et débroussaillaient le périmètre du camp sur au moins 50m et préparaient les défenses : branchages d’arrêt (cervi) autour du camp, le système de fermeture des entrées . Il ne reste plus qu’à monter les quelques 800 tentes qui abriteront l’ensemble de la troupe.

 

La centurie romaine composée de 80 légionnaire est divisée en 10 groupes, le contubernium (pluriel : contubernii) composés de huit hommes les contubernalis. Chaque contubernium est logé dans une tente, la papilio et dispose d’ustensiles de cuisine, d’une meule pour faire de la farine et de divers outils (pelle, dolabra, tranche-gazon, …). Théoriquement une mule est attribuée pour chaque contubernium. Chaque centurie dispose donc de 10 tentes plus une réservée au seul usage du centurion.

 

Attaquer un tel dispositif équivalait à un suicide. Du fait du débroussaillage, l’attaque par surprise était exclue. L’assaillant devait en outre se frayer un chemin à travers les cervi, descendre dans le fossé pour ensuite grimper le long de l’agger rendu glissant par l’adjonction des mottes de gazon, tenter de franchir la palissade haute de 1,40m pour ensuite se retrouver face aux boucliers des légionnaires. La nuit une sentinelle était posté tous les 10 à 15 mètres. En outre tous les 50 mètres des postes d’hommes dormant en armes, prêts à intervenir venaient renforcer le dispositif. Le plus important était que grâce à ce plan standard et à l’entraînement, en cas d’alerte chaque homme savait exactement où il devait aller se poster et ce qu’il devait faire. Il en allait de même pour les unités placées en réserve, sur un simple ordre elles savaient exactement quelle devait être leur tâche et où elle devaient se rendre.

 

La vie au camp est plutôt rude. On se lève à l’aube pour se rassembler devant la tente du centurion, ensuite les centurions vont saluer les tribuns qui à leur tour iront saluer le légat. Celui-ci transmet ses ordres pour la journée à ces mêmes tribuns qui vont les répéter aux centurions,… Le gradé de service, le tessarius, note le mot de passe du jour, ainsi que le tableau de service (gardes, corvées, punitions,…) sur une tessère. La vie du légionnaire est réglée par des sonneries qui annoncent le réveil, la soupe, les corvées,… Des gardes sont postés près des enseignes de la légion et de l’autel où trône la statue de l’empereur, devant la prison également. Des patrouilles sont envoyées à l’extérieur, des hommes sont chargés de porter les messages, d’autres encore sont affectés à la surveillance des chevaux et animaux de bât. On envoie des hommes de corvée de bois (ad lignum), d’eau pour le bain (ad aquam balnei),… Les légionnaires spécialisés dans des tâches techniques (travail du cuir, forge,…) sont exempts de corvées, ce sont les immunes. L’entraînement a lieu dans un enclos situé à l’extérieur du camp, le campus.

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Legio
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Mercredi 5 janvier 2005 3 05 /01 /Jan /2005 00:00

insula (pluriel : insulae) est un immeuble locatif de rapport. Si le terme même n’apparaît pas dans les sources écrites avant le 1er siècle après J.C. on trouve néanmoins diverses allusions relatives aux insulae chez Denys d’Halicarnasse (relations d’évènements se déroulant vers 452 av. J.C.) et chez Tite-Live (concernant un fait divers ayant eu lieu vers 218 av. J.C.).

C’est la conjonction de plusieurs facteurs très différents qui semble à l’origine de l’adoption de ce type d’habitation qui ressemble fortement, toutes proportions gardées, à nos modernes H.L.M. (Habitation Latine Mélangée dixit Uderzo et Goscinny dans «Le domaine des dieux »). Tout d’abord la situation topographique de Rome ne plaide pas en la faveur de l’extension d’un habitat plus traditionnel. En effet, la ville est composée de 7 collines dont les parties basses sont marécageuses. En outre les crues du Tibre qui traverse l’Urbs n’arrangent rien. D’autre part, des secteurs entiers de la ville sont réservés. Ainsi le Capitole est essentiellement destiné à l’édification d’édifices religieux, le Palatin est le quartier des riches patriciens sous la République et devient tout naturellement le siège des palais impériaux à partir de la dynastie Julio-Claudienne. En outre, les grandes constructions impériales se développent (fora, thermes, temples, théâtres, Cirque Maxime, Colisée, naumachies,…) et de fait l’espace disponible pour la construction de logements se restreint. C’est donc naturellement que les romains adoptèrent ce type d’habitat.

Il existe plusieurs types d’insulae :

- L’insula traditionnelle comporte des tabernae (boutiques) au rez-de-chaussée, les logements commençant à partir du premier étage. Les tabernae possèdent une mezzanine à laquelle on accède par un escalier en bois. Celle-ci est éclairée par une unique fenêtre et tient lieu de domicile au commerçant. Les commerces sont totalement indépendants du reste de l’immeuble, les locataires accédants à leurs appartements (cenaculum, pluriel : cenacula) par des escaliers à part. La marche standard de ces escaliers a une hauteur de 21 cm et une fenêtre éclaire chaque palier. Il est assez frappant de constater que ce modèle est parvenu jusqu’à nous, les rues de nos grandes villes en témoignent.

- Il existe aussi mais en moindre quantité des insulae sans tabernae au rez-de-chaussée, généralement réservées à des romains plus aisés financièrement. Les fenêtres des logements du rez-de-chaussée sont placées à 2m de hauteur de façon à préserver la vie privée des occupants de la curiosité des passants. Elles sont larges car elles constituent la seule source de lumière. Le rez-de-chaussée est l’étage noble, donc le plus cher, mais aussi celui qui offre la meilleure garantie de survie en cas d’incendie. Plus on monte dans les étages plus les appartements sont nombreux et petits ce qui explique la largeur réduite de leurs fenêtres.

- L’incendie qui ravagea Rome en 64 ap. J.C. permis l’apparition de l’insula à portique. L’immeuble est entouré par une galerie à portique qui outre le fait qu’elle permet de limiter la propagation des flammes aux autres immeubles offre une protection aux piétons tant contre les intempéries que contre les projections diverses des locataires (vase de nuit,…). En outre, le portique offre une base solide pour la construction de balcons et de terrasses.
 

Quel que soit le type d’insula retenu, il existait pour chaque catégorie de bâtiment des réalisations luxueuses et d’autres beaucoup plus ordinaires en fonction du quartier de situation. Les surfaces des appartements variaient de 10m² à 200m². Les plus pauvres étaient logés sous les combles et se voyaient exposés aux rigueurs de l’hiver et à la chaleur étouffante de l’été. Leur loyer était payable à la journée. Au 1er siècle ap. J.C. il se montait à un as la nuit (soit le prix d’une ration de pain pour 2 personnes). Les pauvres pouvaient également être logés dans les sous-sols des tabernae (fornices) qui bien qu’humides et sombres offraient par rapport aux combles le grand avantage d’être proches de la sortie en cas d’incendie. Certains propriétaires n’hésitaient pas à louer également les espaces situés sous les escaliers. La location des appartements commençait le 1er juillet. Les propriétaires indiquaient au moyen de graffitis peints sur façade quels types de logements étaient libres, à partir de quelle époque et pour combien temps. 

Deux menaces planaient sur les insulae, l’incendie et l’effondrement. Le feu était le risque majeur ne serait-ce qu’en raison de la forte proportion de bois dans les constructions, la présence de braseros pour se chauffer et de lampes à huile pour l’éclairage. Une loi obligeait les habitants des insulae à stocker de l’eau chez eux, le préfet des gardes de nuit avait toute latitude quant au contrôle et pouvait infliger de sévères amendes en cas de manquement. La menace de l’incendie était réellement prise au sérieux à tel point que sous le principat d’Auguste, Rome comptait 7000 vigiles pour une population d’un million d’habitants (à titre de comparaison Paris (R.P.)compte environ 8000 pompiers pour 8 millions d’habitants). Les incendies étaient parfois allumés par les propriétaires qui ensuite reconstruisaient ce qui leur permettait d’exiger de plus forts loyers. L’effondrement plus rare faisait néanmoins partie des risques encourus par les habitants des insulae. Ils étaient généralement dus à un entretien négligé soit parfois à la rapacité d’un propriétaire qui avait décidé lors de la construction du rajout d’un étage sans avoir renforcé les fondations. Les eaux stagnantes consécutives aux crues du Tibre concourraient également à fragiliser les fondations.

Il semble en tout cas qu’il faille rompre avec un vieux cliché qui à la vie dure, celui des insulae insalubres, refuge des classes les plus défavorisées. De nombreux vestiges (souvent étonnamment conservés) ainsi que des témoignages attestent de l’existence, comme aujourd’hui d’ailleurs, de diverses classes d’insulae, des plus modestes aux plus luxueuses. Ces insulae ont traversé 20 siècles, en sera-t-il de même pour nos constructions ?

(illustration tirée de "Le domaine des dieux" d'Uderzo et Goscinny, les images en 3D de l'album photo sont extraites du site de l'Université de Caen, les travaux de Sophie Madeleine ont servi de base à cet article)

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Urbs
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Lundi 3 janvier 2005 1 03 /01 /Jan /2005 00:00

Temple du Jupiter Capitolin à Rome

 

LE CULTE PUBLIC

Ce que nous appelons, d'un mot commode, la religion romaine, est une religion polythéiste qui comporte un ensemble complexe de croyances, de rites qui a considérablement évolué au cours des dix siècles de son histoire.

Les Romains craignaient et respectaient leurs dieux, qui étaient relativement nombreux. Le plus important, Jupiter, dieu de la lumière, maître de la foudre, était honoré sur le Capitole, avec Junon et Minerve - c'est la "Triade Capitoline". Certains de ces dieux, latins à l'origine, ont été progressivement assimilés à ceux de la Grèce - c'est le cas des douze Olympiens; d'autres, en revanche, étaient tellement particuliers qu'ils n'ont pas eu de correspondant grec: Janus, Silvanus en sont des exemples.

Les actes du culte sont les prières, les offrandes, les sacrifices et les "Jeux". Le mot "templum", espace délimité dans le ciel par l'augure brandissant son "lituus" (bâton), a désigné plus tard l'édifice religieux rectangulaire entouré d'une colonnade; il abrite la statue du dieu, mais c'est à l'extérieur que se déroulent les cérémonies. Il existe d'autres lieux sacrés : le "pomoerium", enceinte sacrée de la ville, le "lucus", bois sacré. Lors du sacrifice, l'haruspice examine le foie et les entrailles de la bête sacrifiée pour voir si les dieux l'agréent ou non ("si fas est"). Les dieux sont également consultés lors d'une décision importante pour la cité, par la prise d'auspices: en regardant (-spicere) le vol des oiseaux (aves) dans le ciel, l'augure déchiffre la volonté divine. S'il voit un oiseau dans la partie gauche du ciel ("sinister" - sinistre), c'est un oiseau de mauvais augure; dans le cas contraire, l'oiseau est un signe positif. Les dieux montrent ainsi leur volonté au travers des présages.

Chaque dieu a son prêtre, qui est en quelque sorte un "fonctionnaire" religieux de la cité; les quinze les plus importants portent le nom de flamine. Au collège des flamines s'ajoutent ceux des haruspices et des augures, plus diverses confréries ayant des charges diverses. Le sommet de la hiérarchie religieuse est occupé par trois personnes: d'abord le "rex sacrorum", roi du sacré (on dit aussi roi des sacrifices); sa fonction est purement honorifique; ensuite le "Pontifex Maximus" grand pontife, dont le nom est attaché à l'idée de construction de pont; ses pouvoirs sont réels, et les empereurs l'ont exercée; enfin le flamine de Jupiter, flamen dialis, comme prêtre du plus puissant des dieux. Les seules femmes exerçant une responsabilité religieuse sont les Vestales, astreintes au célibat et à la virginité, alors que les autres prêtres ne le sont pas, et qu'ils peuvent cumuler magistrature religieuse et civile. La déesse même qu'elles desservent, incarnation de la cité, n'a pas de statue dans le seul temple rond de la cité: seul le feu que les Vestales entretiennent scrupuleusement marque la présence de la déesse.

LE CULTE PRIVE

Il concerne les actes religieux accomplis au sein de la famille romaine, sous la responsabilité du pater familias. Tous les membres y participent. Ils honorent par leur culte plusieurs dieux assez différents les uns des autres. Les lares, par exemple, sont les divinités qui, favorables, apportent abondance et prospérité à la famille : ils sont représentés sous les traits de deux personnages jeunes, agiles (ils sont figés dans un geste de danse), tenant à la main une corne d'abondance (voir la fiche sur l'enfance de Zeus). A chaque repas, la famille leur offre une partie de la nourriture préparée. Trois fois par mois, le laraire qui les contient, sorte de petite niche, vitrine ou chapelle placée dans la maison, est orné de fleurs.

Les Pénates ont une fonction qui touche également à l'approvisionnement (le mot penus désigne justement le garde-manger): au nombre de deux, ils ont en charge l'un la nourriture, l'autre la boisson. Les Pénates symbolisent la maison, au point que, aujourd'hui encore, "rejoindre ses pénates" veut dire, en langage familier, "rentrer chez soi". Le lieu du culte, outre le laraire déjà nommé, est le foyer de la maison, senti comme son centre vital (pensez, par exemple, au culte de Vesta, autour du feu de la cité qui ne doit jamais s'éteindre); aujourd'hui encore, le mot foyer désigne non seulement le lieu même où l'on fait le feu, mais aussi la maison où il se trouve, et la famille qui habite cette maison.

Les Mânes, enfin, sont une représentation des ancêtres morts, qu'on redoute comme on redoute tout ce qui sort du domaine proprement humain. Pour les amadouer, les Romains les ont déjà appelés d'un nom destiné à se les concilier: "manes" veut dire "les bons", pour les forcer, en quelque sorte, à mériter leur nom en ne faisant rien de mal. Dans les familles patriciennes les masques mortuaires des ancêtres sont conservés, tout comme, aujourd'hui encore, le noble contemple la galerie des portraits de ses ancêtres. Les morts ont plusieurs fêtes publiques dans l'année (ce qui montre que culte public et culte privé ne sont pas vraiment séparés): les Lemuria, en mai, et les Parentalia en février. Les Lemuria voient le retour sur terre des esprits des morts: la tâche du chef de famille, alors, est de les chasser en prononçant diverses formules consacrées et en les effrayant par des bruits très forts. Pendant les dix jours des Parentalia, la vie de la cité se fait au ralenti: les temples sont fermés, les mariages ne sont plus célébrés, les activités normales de la production s'interrompent. Les morts mangent la nourriture qu'on a préparée sur leurs tombeaux fleuris pour l'occasion.

"L'intendant de Caton récite au nom de son maître la prière que celui-ci lui a recommandée :

Mars Pater, je te prie et je te demande d'être bienveillant, propice envers moi, notre maison et nos gens. Aux fins de quoi j'ai ordonné de promener les suovetaurilia [un porc, une brebis et un taureau] autour de mes champs, terre et domaine: afin que tu arrêtes, repousses, et boutes dehors les maladies visibles et invisibles, la disette et la désolation, les calamités et les intempéries; et afin que tu permettes aux produits, blés, vignes, jeunes pousses, de grandir et d'arriver à bonne issue; que tu gardes saufs bergers et troupeaux et donnes heureuse sauvegarde et santé à moi, à notre maison et à nos gens. A ces fins-ci, pour purifier mes champs, terre et domaine, et pour faire la purification, comme je l'ai dit, sois honoré par le sacrifice de ce porcelet, de cet agneau et de ce veau.

Caton, De re rustica, 141"

LES FÊTES

Les jours de l'année, par exemple, sont ou bien fastes, et toute activité humaine y est permise, ou bien né-fastes, et ils sont le domaine réservé du sacré. Comme aujourd'hui encore dans la religion chrétienne pour ce qu'on appelle "les fêtes mobiles", c'est l'institution religieuse qui dressait le calendrier de l'année, qui déclarait tel jour faste ou non. Le terme même de "fastus (dies)" appartient à la famille du verbe fari "déclarer, énoncer", qu'on retrouve aussi dans le participe "infans" "le non- parlant" (=l'enfant!), ou le nom "fabula" "la parole (inventée)".

L'année commence en mars ( Si mars, premier mois de l'année, prend son nom au dieu Mars, certains autres mois se contentent de numéros d'ordre: il y a donc un mois qui est le septième, un autre qui est huitième, puis un neuvième, et enfin un dixième; leur nom existe encore aujourd'hui - septembre, octobre, novembre, décembre, mais leur position dans l'année a changé: septembre est maintenant le neuvième mois de l'année, octobre le dixième...)avec le renouveau de la nature (n'oublions pas, peuple de paysans !) et compte au début 235 jours fastes et 106 jours néfastes (le total ne recouvre pas l'année complète, ce qui fait que, de temps en temps, il y avait "récupération", comme encore aujourd'hui lors des années bissextiles) ; ces derniers sont consacrés aux dieux et les fêtes en sont un moment privilégié. Leur liste est bien longue, et contient parfois des fêtes dont le sens est plus ou moins oublié par les Romains eux-mêmes. En voici quelques-unes, choisies pour leur célébrité ou pour leur caractère pittoresque:

- les Equirria, en l'honneur du dieu guerrier Mars, au mois de... mars: elles culminent par le sacrifice du cheval qui sort vainqueur des courses; en octobre, une fête similaire a lieu, pour clore la saison de la guerre; (Pour ceux que la notion de "saison de la guerre" étonnerait, rappelons que les conditions matérielles de vie sont extrêmement précaires pour l'homme, et cela pendant de longs siècles: Louis XIV avait très froid dans sa superbe Chambre du Roi, à Versailles, et, en 1812, la défaite de Napoléon en Russie est due, entre autres, à une campagne militaire en hiver !)

- les Fordicidia , le 15 avril, dont le "clou" est le sacrifice, une fois encore, de trente vaches pleines (portant des veaux) ;

- les Cerialia (Cerealia: on reconnaît notre mot céréale, issu la racine latine Ceres, rattachée à la notion de "croître".), en l'honneur de Cérès, le 19 avril, fêtes du blé, au cours desquelles on lâchait des renards dont la queue portait un flambeau allumé ;

- les Palilia, en avril encore, fête de Palès, dieu ou déesse protégeant les troupeaux; mais on y fête également la fondation de la cité ;

- les Vinalia le 23 avril, fête du vin nouveau (Ces cérémonies sont encore vivaces: il n'est que de penser aux réjouissances occasionnées par la fête du beaujolais nouveau, à la mi-novembre !) ;

- les Robigalia, dans lesquelles on invoque le dieu Robigus (ou la déesse Robigo ?), maître de la rouille des blés (maladie du grain) de bien vouloir épargner la future récolte;

- les Vestalia, à la mi-juin, pendant lesquelles les bêtes de somme qui font tourner la meule qui broie le grain peuvent enfin se reposer ! Les bêtes en question sont le plus souvent des ânes, obligés de tourner en rond des heures durant, pour faire broyer le grain; or, l'âne est l'animal sacré de Vesta (Le terme "animal sacré" est pris dans un sens restreint : il ne s'agit pas d'un dieu représenté sous les traits d'un animal (comme chez les Egyptiens), mais d'un animal attaché communément à tel ou tel dieu, et qui n'est pas, en lui-même sacré ! Ainsi, l'aigle est-il associé à Jupiter, la colombe à Vénus, le paon à Junon...) : en l'honneur de la déesse, le jour de sa fête, l'âne est couronné de fleurs et ne travaille pas. Le choix de l'âne montre qu'il s'agit d'une divinité archaïque, pré-indo-européenne ainsi que le montrent d'autres traits caractéristiques de son culte : le célibat des Vestales, la forme ronde du temple de Vesta, ainsi que son emplacement même, en dehors de l'enceinte première tracée par Romulus.

- les Vinalia d'automne, qui fêtent la récolte du raisin;

- les Consualia, fêtes de l'engrangement;

- les Volcanalia: le 23 août, en l'honneur du dieu Vulcain, on jetait dans le feu de petits poissons( Il s'agit, vraisemblablement, d'un "sacrifice de substitution": la mort des petits poissons rachète la vie des êtres humains qu'ils sont censés représenter.) ;

- les Fontinalia, fête des sources ;

- l'Armilustrium, purification des armes ;

- les Saturnalia, fin décembre, pendant lesquelles la hiérarchie normale est inversée : les esclaves prennent la place des maîtres. Des comportements similaires du renversement des valeurs établies peuvent être constatées au moyen-âge pendant le Carnaval ; de façon plus générale, voir la place du "fol" dans les cours royales.

- les Lupercalia : le quinze février, les Luperques, jeunes gens chargés du sacerdoce courent nus dans la ville et frappent de leur fouet (découpé dans la peau d'un bouc sacrifié) les femmes qui s'exposent volontiers à leurs coups, pour devenir fécondes.
 

On peut penser, après avoir parcouru cette liste (incomplète pourtant !), que les fêtes sont nombreuses, que certaines choses qui s'y passent sont plutôt bizarres, et qu'il y a beaucoup de sang versé.


Tout cela est vrai, mais appelle des mises au point. Dans la crainte de déplaire à un dieu dont parfois ils ont même oublié le sexe (Pales est-il dieu ou bien déesse ?), dont ils ignorent d'autres fois le nom et les attributions (d'où les prières vagues, adressées à "Qui que tu sois, dieu ou déesse" ! les Romains ont préféré toujours tout garder, ne jamais négliger une fête qui leur a été léguée par les ancêtres, ce qui a produit l'accumulation qu'on vient de voir. Mais bien souvent, le sens réel de la fête qu'ils sont en train de célébrer leur échappe.


D'autre part, il faut bien que le jeune écolier du XXe siècle comprenne que tout cela remonte très loin dans le passé, que les rites respectés par les Romains il y a deux mille ans remontent à des réalités encore plus anciennes, qui sont précisément celles de peuples dits primitifs.


Enfin, pour expliquer le caractère sacrificiel de ces cérémonies, il faut se rappeler que, pendant bien longtemps aux débuts de la civilisation romaine, la seule alimentation carnée provenait des bêtes sacrifiées.

LE LIEU DE CULTE

Le culte a lieu le plus souvent dans les lieux consacrés : devant le temple, mais aussi dans un bois sacré, ou devant une fontaine ; il est fréquent que les prières finissent par des promesses au dieu. Un sacrifice vient couronner la prière - il s'agit d'animaux, mais les sacrifices humains ont existé aussi, surtout à époque archaïque.


L'animal à sacrifier doit être à la robe sans tache, il doit avoir l'air consentant, ses cornes sont dorées. Les dieux ont des animaux sacrificiels favoris : Jupiter le boeuf blanc, Mars le cheval, Cérès la truie ; Vulcain préfère les bêtes à pelage roux, les divinités souterraines les pelages sombres.


Après le sacrifice, les haruspices examinent les viscères de la bête, pour voir si les dieux acceptent ce sacrifice ; si oui, les entrailles sont brûlées sur l'autel - seule cette partie noble intéresse les dieux - le reste est partagé par les assistants ; si non, le sacrifice doit être recommencé : c'est sûrement signe qu'un détail, même infime, de son déroulement, n'a pas suivi le rite traditionnel. C'est le cas le plus simple.


D'autres fois, il ne s'agit pas d'un simple "vice de forme" dans le déroulement, mais de quelque chose de plus grave, qu'on verra plus loin à propos des prodiges, et le remède sera aussi plus important : divers rites de purification seront nécessaires. Il est intéressant, à ce propos, de voir que le mot "pietas" (notre "piété"), qui indique l'attitude religieuse collective, s'apparente au verbe "piare",qui veut dire apaiser, effacer une souillure, un mauvais présage ; il en va de même pour son composé expier, effacer complètement, jusqu'au bout.


Mais si le lieu consacré est le plus propice au dialogue entre l'homme et le monde des dieux, il n'est pas le seul possible : en pleine campagne militaire, le général invoque Apollon et lui promet une part du butin ! Ou, mieux encore, l'exemple de tel autre général qui, au moment de mettre le siège à Carthage, propose aux dieux protecteurs de cette ville ennemie de tout simplement l'abandonner, en échange de quoi il leur promet des jeux somptueux et des sanctuaires !

LES PRÊTRES

Ils sont très nombreux (c'est une conséquence du nombre élevé de dieux), et sont regroupés en "collèges" ; certains sont plus importants, plus respectés que d'autres, et cette hiérarchie reflète en partie l'organisation des dieux eux-mêmes. Tout en haut de l'échelle, "rex sacrorum" roi des sacrifices ; sa fonction est purement honorifique et rappelle les temps anciens où pouvoir civil et pouvoir religieux étaient aux mains d'une seule personne. A ses côtés, le Grand Pontife "Pontifex Maximus" (mot à mot le grand constructeur de ponts), qui exerce, lui, un pouvoir bien plus réel : à la tête du collège des pontifes, il rédige le calendrier, consacre les édifices, garde les livres sacrés, nomme les autres prêtres : flamines et vestales. Et pourtant, une fonction aussi importante que celle du pontifex maximus a pu, une fois, rester vacante pendant 75 ans !


Le collège des pontifes comprend neuf membres ; pendant longtemps, le renouvellement s'est fait par cooptation ; à partir du troisième siècle, le pontifex maximus a été élu, parmi les pontifes, par une assemblée spéciale, formée de 17 tribus sur les 35 de la cité ; à partir de 104, par la Lex Domitia, cette assemblée élit également les pontifes, les augures, les décemvirs et les septemvirs (ce sont les quatre collèges majeurs).


Le collège des Vestales est formé de quatre, puis six, puis sept femmes dont la fonction la plus apparente était de garder éternellement allumé le feu sacré de la cité. D'origine patricienne, elles sont désignées très jeunes (avant d'avoir dix ans) par le Pontifex Maximus, qui dès lors, exerce sur elles l'autorité parentale. Elles assurent leur sacerdoce pendant trente ans, après quoi elles peuvent retourner à la vie normale, ou bien prendre une sorte de retraite. Les Vestales, qui ont à leur tête la grande vestale, sont très respectées des Romains et jouissent de privilèges nombreux, parmi lesquels celui de pouvoir gracier un condamné qu'elles rencontreraient. Le collège des Vestales a pour mission principale de veiller sur le feu sacré de la cité, dans le temple de Vesta. Elles font voeu de chasteté, ne se marient pas et restent pures: en cas de manquement à ce voeu, elles sont enterrées vives ; un tel événement est souvent interprété par les Romains comme un très mauvais présage pour la cité.


Les flamines, au nombre de quinze, sont des prêtres attachés chacun au culte d'un dieu particulier ; trois d'entre eux sont plus importants, les flamines majeurs : ils servent l'un Jupiter (et on l'appelle "flamen dialis"), le deuxième Mars, et le dernier Quirinus (c'est un vestige de l'organisation tripartite de la religion des peuples indo-européens) ; les flamines mineurs servent Vulcain, Vulturne, Portunus, Palès, Carmenta... (on reconnaît des noms déjà rencontrés dans le calendrier des fêtes). A l'époque impériale, il y eut aussi des flamines attachés au culte de l'empereur. La vie du "flamen dialis" est passablement compliquée, faite d'une suite invraisemblable d'interdictions auxquelles il doit se soumettre : ne pas s'éloigner de Rome, ne porter aucun noeud sur lui, ne pas paraître nu sous le ciel, ne pas voir l'armée, ne pas monter à cheval, ne pas toucher les morts, ni même rien qui évoque la mort.


D'autres collèges sacerdotaux existent encore :


- les fétiaux qui interviennent lors des déclarations de guerre et des traités de paix,

- les Saliens chargés de la garde du bouclier sacré censément tombé du ciel. La tradition rapporte que, du temps de Numa, un bouclier est tombé du ciel. Comprenant vite qu'il s'agit d'un don divin, Numa le place en un endroit réservé (la Curia Saliorum) et fait faire onze copies de l'original, pour que nul ne puisse le reconnaître. La garde de ces douze boucliers (ancilia) sacrés qui se mettent en mouvement en cas de danger est confiée aux Saliens organisés en confrérie (sodalitas).

- les Arvales. Les fils d'Acca Larentia, nourrice des jumeaux fondateurs, ont été les premiers Arvales. Lorsque l'un d'eux mourut, Romulus lui-même prit sa place. Les Arvales étaient au nombre de douze, et ils invoquaient le dieu Mars pour qu'il accorde la prospérité aux champs (arua). On peut s'étonner de trouver le dieu de la guerre dans une prière de type agraire : rappelons seulement que la saison de la guerre est également la saison agricole. On en voit un exemple dans les deux fêtes Equirria.

- les Luperques, etc...


Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'exercice d'une fonction religieuse n'empêche pas un citoyen de mener une vie normale : les prêtres se marient, ont des enfants (sauf les Vestales pendant la durée de leur sacerdoce), et peuvent cumuler magistrature religieuse et magistrature civile, ou passer de l'une à l'autre : César était aussi Pontifex Maximus (comme le seront tous les empereurs), et le flaminat de Jupiter ouvrait souvent la voie à des magistratures civiles prestigieuses (M. Papillius Laenas était flamine Carmental et consul. Marc-Antoine était luperque et sénateur. C. Valerius Flaccus, flamine Dialis de 209 à 174, édile curule en 199, préteur en 183.). En revanche, la qualité de prêtre d'Artémis à Nemi semble peu enviable : il est assassiné, dans le bois sacré du sanctuaire, par celui qui veut prendre sa place !


Les haruspices et les augures, organisés également en collège, seront présentés dans la partie consacrée à religion et superstition.

 

En manière de conclusion en forme de pirouette malicieuse à notre bonne république je terminerais en faisant remarquer à mes lecteurs que la république romaine était totalement étrangère à l'idée de laïcité puisque la religion était partie intégrante de la vie publique et participait pleinement à la vie de l'état. Pour autant il ne m'apparaît pas qu'elle ait si mal fonctionné ni que la liberté de culte n'ait été garantie.

 

Les pages du site de l'académie de Versailles dédiées à l'antiquité ont servi à lélaboration de cet article.

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Religio
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Samedi 1 janvier 2005 6 01 /01 /Jan /2005 00:00

Cet article est le premier d’une série consacrée à la formidable armée romaine. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet proprement dit, il me semble important de planter le décor et donc de donner un aperçu de l’armement du soldat romain : le légionnaire. Cet équipement n’a cessé d’évoluer à travers le temps et pour plus de cohérence, nous allons nous intéresser plus précisément à l’armement qui avait cours durant le premier siècle après J.C. En effet, la réforme de Marius qui introduit la fourniture de l’équipement par l’état permet la production en grande série et paradoxalement c’est à partir de cette période que la qualité de la protection individuelle du légionnaire s’améliore.

Le casque de type gaulois est adopté. A la calotte s’ajoutent par soudure un couvre-nuque et des garde-joues, la réelle nouveauté étant une « visière » destinée à protéger le soldat contre la « botte » préférée des guerriers gaulois, le coup de taille vers le bas destiné à fendre le crâne. Le forgeron le fabrique à partir de feuilles de fer doux légèrement carburées transformées par la suite en acier. Un anneau est rajouté pour le transport. Ainsi le légionnaire durant les marches peut le porter lié à la ceinture ou au barda.

 

Le bouclier romain (scutum) est rectangulaire, d’une hauteur d’environ 1,10 à 1,20m pour 65 à 70 cm de large. Il est constitué de deux couches de planches collées à « fils perpendiculaires » dont l’épaisseur varie de 20 à 13mm du centre vers l’extérieur. Un cerclage métallique l’entoure pour protéger le bouclier des coups de taille. L’umbo central est en bois recouvert d’une calotte en métal qui permet au légionnaire d’utiliser le scutum pour cogner son adversaire. Une feuille de cuir le recouvre, elle est peinte aux insignes de la légion.

 

Contrairement au cliché présenté dans les péplums la cuirasse romaine n’a pas toujours été le standard. Avant la réforme de Marius par exemple chaque légionnaire devait acheter son équipement à moins d’en posséder une par héritage. Se côtoyaient donc des soldats portant qui la côte de maille, qui des plaques de métal liées par courroies. A partir de Marius, la côte de maille (lorica hamata) ou d’écailles (lorica squamata) devient la protection du légionnaire. Le premier siècle voit l’apparition du nouveau standard cher aux péplums (qui n’hésitèrent jamais devant l’anachronisme, les légions de Caesar portaient la côte de maille), la cuirasse articulée (lorica segmentata). Elle offre l’avantage d’être légère, souple et plus résistante aux coups.

 

Les jambières (cnémides) parfois portées par des légionnaires de péplums sont un anachronisme supplémentaire. En effet le passage de l’armée de type phalange grecque à la formation en légion sonna le glas de cet équipement. La mobilité du légionnaire est essentielle lors du combat rapproché.

 

Le javelot (pilum) remplace la lance lorsque Rome adopte la légion. Néanmoins durant un siècle après la réforme de Camille les formations de troisième ligne (triarii) continueront à utiliser la lance. Celle-ci restera néanmoins à l’honneur dans la cavalerie. Le pilum contrairement à la lance est une arme de jet. Il est constitué d’une longue tige de fer (1/3 de la longueur totale de l’arme) fixée sur un manche en bois. Il en existe deux versions, le lourd qui mesure environ 2,10m et le léger d’environ1,80m. Il est lancé lorsque la ligne adverse est à une trentaine de mètres des lignes romaines, le pilum lourd quant à lui est tiré à une vingtaine de mètres. C’est une arme qui ne peut être réutilisée. La tige métallique en fer doux (néanmoins la carburation est différente à la pointe qui est très dure) est fixée à la hampe par un rivet en métal ainsi qu’une cheville en bois. La pointe est munie de deux ardillons qui en interdisent l’arrachement lorsqu’elle est fichée. Si l’arme a manqué sa cible, la cheville de bois cède et le pilum se plie ou la tige de fer doux se tord, interdisant de ce fait sa réutilisation par l’ennemi. S’il se fiche dans un bouclier les ardillons empêchent son arrachement. Plié ou tordu il cause une gêne importante au guerrier ennemi qui doit alors choisir entre jeter le bouclier ou le conserver étant alors handicapé par le manche traînant au sol.

 

Le glaive (gladius) est l’arme typique du légionnaire. La lame est large, à double tranchant, courte (environ 60 cm). Elle permet au soldat de frapper de taille, de revers et d’estoc. En fait l’entraînement porte surtout sur la frappe d’estoc portée de bas en haut en direction de l’abdomen, de la poitrine.

Le légionnaire porte aussi très souvent un poignard (pugio) à la ceinture. Il semble néanmoins que cette arme ait été plus une arme de prestige que de combat.

 

Le légionnaire est un fantassin lourd en conséquence de quoi l’utilisation d’armes comme la fronde ou l’arc était réservée aux troupes auxiliaires dont le but principal était le harcèlement de l’ennemi avant l’affrontement proprement dit. Ainsi il était de coutume de recruter les frondeurs à Rhodes ou aux baléares et les archers en Crète.

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Legio
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Vendredi 31 décembre 2004 5 31 /12 /Déc /2004 00:00



Les quelques cours d'initiation au latin qui seront présentés sur le blog sont issus du site de l'Académie de Versailles et sont l'oeuvre du Professeur Robin Delisle (GEP Lettres). Ils permettront soit de dérouiller un peu les souvenirs scolaires de certains soit pour certains de découvrir les joies de cette langue.

Chapitre 1



Prononciation et déclinaisons

 

1 - Prononciation du latin


 

En latin, toutes les lettres se prononcent, et de la même façon.

 

 Lettre

Equivalence en français

 a
b
c
ch
d
e
f
g
h
i
j
k
l
m
n
o
p

qu
r
s
t
u
v
x
y
z

 arme
bonté
cadeau
cadeau
doux
été, mettre
fabrique
gâteau
hectare
iris
iode
cadeau
livrer

mentir
nouveau
opéra
parier
quartz
radeau
sable
tapis
ouate
outil
xérus
unanime
zone

 

 


A l'époque de Cicéron, l'alphabet comprenait 21 signes :
A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T V X

 A partir d'Auguste, on ajouta Y et Z pour écrire les mots étrangers, ceux de la langue grecque en particulier.

A la fin du Moyen Age, les imprimeurs ont inventé :

1 - le signe J qu'on distinguait de I :
 - le I voyelle (devant une consonne)
- le J semi-consonne (devant une voyelle) : JAM (chez Cicéron : IAM) ----> cf. iode.

2 - le signe U qu'on distinguait de V :
- le U pour le son ou voyelle : URBS (chez Cicéron : VRBS)
- le V pour le son ou consonne. (vita ---> uita) ---> cf. ouate.


2 - L'accent tonique

Chaque mot latin a une syllabe accentuée :

1 - dans les mots de deux syllabes, c'est la première qui est accentuée :
- rosa, cogo, Roma, rosae (la diphtongue compte pour une seule syllabe).

2 - dans les mots de plus de deux syllabes, l'accent est sur l'avant-dernière (la pénultième), si elle est longue: corona; sinon il porte sur l'antépénultième, la syllabe qui précède la pénultième : hominibus.

3 - certains monosyllabes sont accentués, d'autres, comme les prépositions et les conjonctions, ne le sont pas.

Deux règles essentielles :
Une syllabe est toujours longue si la voyelle est suivie de deux consonnes ou d'un x ou si elle est constituée d'une diphtongue (ae, oe, au; parfois ui, ei) : pax, pactum, poena, pauper.
Une syllabe est toujours brève si elle est suivie d'une autre voyelle ou d'un h : puer, puella, veho.

 

3 - Les déclinaisons

A part quelques rares exceptions, les noms, les adjectifs et les pronoms se déclinent : leurs terminaisons (ou désinences) changent selon la fonction qu'ils ont dans la phrase. Chaque forme s'appelle un cas.


CAS

Fonction

Nominatif
Vocatif
Accusatif
Génitif
Datif
Ablatif

sujet ou attribut du sujet
mot mis en apostrophe
C.O.D. ou attribut du C.O.D.
Complément du nom
C.O.S. ou C.O.I.
compléments circonstanciels (moyen, manière)

 

Par Sextus Ahenobarbus - Publié dans : Latius
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